En ce jour humide et morose, faire face aux marches de mon escalier me fait frissonner. En effet, le sportif accompli que j'incarne (ping-pong, jokari, tir-à-l'arc, voile, football, chasse) est ébranlé d'un abattement digne d'une mononucléose. Non, je n'ai pas passé la journée à trier mes slips commandés sur le net par couleur, ou autre tâche terriblement harassante, mais, en ce pluvieux mois de juillet lors duquel je parle à mes meubles et j'organise des messes gothiques en face d'une télé, un évènement catastrophique a lieu chaque année, je nomme, les soldes. Une des choses les plus horribles qui m'aient été données de voir en ce bas monde est le visage hargneux d'une fille convoitant à peu près autant qu'une rivale inconnue un "so-cute-haut-jaune-pour-les-vacances-qui-ira-very-well-avec-mon-bronzage". Affligeant. Je peux le dire, j'y étais. Luttant entre un body-buildé-épilé-sans-doute-pédé et une autre furie, je parvins tant bien que mal à entrer dans un magasin potable, tout en y laissant un doigt et mon amour-propre (Oui, j'ai rampé). Habité par un sentiment aussi candide que dépité, je tenta d'attraper un t-shirt agrippé à son cintre, avec une nonchalance qui était de toute façon ambiante, je ne faisais pas tâche, non, non. Le graal était entre mes mains, je venais de venir à bout de trois tantes et cinq disjonctées, un article tenu par mes soins, le front perlé de transpiration appartenant au type voulant bien frotter son aisselle contre mon nez afin de me repousser. Il ne me restait finalement plus qu'à payer, et, je m'en allais, pour toujours. Une lutte acharnée et un testament plus tard, donc, je me trouvais devant les caisses, ou plutôt, à 85 mètres de ces dernières. Plus que 1h30 d'attente, et j'aurai en ma possession un t-shirt soldé de 30%. Mh. Ce n'est décidément pas cette année que les angoisses agoraphobiques dont je suis la triste victime seront fustigées. Je propose, donc, d'éliminer la moitié de la population. Oui, parfois, mon génie est impressionnant.
(Oui, je déteste les paragraphes.)